Présentation du polar "Tuer n'est pas vivre"

"Tuer n'est pas vivre" se compose de trois volumes, centrés autour d'un personnage principal, Wade Bennett, tueur à gages new-yorkais en pleine remise en question. Au cours de ses activités, il est amené à côtoyer les milieux mafieux dont fait partie Tony, un restaurateur italien qui se trouve être également le père Marina, une jeune femme sexy au tempérament de feu, particulièrement douée pour se faire des ennemis. Les relations entre ces trois là vont rapidement faire des étincelles... 
Dans un environnement où les armes parlent à la moindre occasion, où la trahison se paye par la vengeance, le suspense et l'action trouvent naturellement leur place. Pour l'amour, c'est plus compliqué... Mais pas impossible. 
Contrats, enquêtes, secrets et rebondissements rythment les trois volumes de ce thriller aux parfums de cuisine italienne, le roman se déroulant en partie dans un restaurant italien de Little Italy.


Présentation de chacun des trois tomes

Résumés et avis de lecteurs.

"Secrets d'auteur"

Les confidences de l'auteur sur des thèmes récurrents dans la série "Tuer n'est pas vivre", le choix des personnages...

Le tout premier chapitre de "Tuer n'est pas vivre" : à découvrir ici

"Le prix du crime" : Chapitre 1

 

Il descendit rapidement de la rame et quitta le métro. La douleur ne faisait qu’empirer et il se demandait sérieusement s’il n’allait pas perdre connaissance. Il avait cependant encore assez de lucidité pour vérifier qu’il n’était pas suivi ; il n’était plus armé et étant donné son état il n’aurait aucune chance de s’en tirer s’il était amené à devoir se défendre physiquement.
Une fois à l’extérieur du métro, plus conscient que jamais de la gravité de la situation, Wade fit le point sur ses possibilités de refuge. Chez lui ? Mauvaise idée, il avait la conviction que son appartement était surveillé depuis plusieurs jours. Il devrait déménager une fois de plus. S’il s’en sortait bien sûr… Ce n’était pas la priorité du moment. Abordant une rue à l’écart et visiblement peu fréquentée, il prit le temps d’écarter sa veste et de remonter son tee-shirt afin de jeter un coup d’œil à sa blessure au côté. Le sang coulait abondamment.
Il décida de se rendre aux sanitaires les plus proches pour tenter de réduire le saignement. Veillant à attendre un moment où il n’y avait personne en vue – moment rare à cette heure de la journée où la plupart des gens rentraient du travail, sans compter les nombreux touristes en balade –, il s’engouffra dans des toilettes publiques désertes. Il déchira un morceau de son tee-shirt, le trempa dans l’eau du lavabo, puis fit pression sur la plaie, s’arrachant au passage une grimace de douleur. Le traitement paraissait inefficace et il se demanda pour la première fois depuis qu’il avait reçu cette blessure si ses jours n’étaient pas en danger. Il avait déjà perdu une grande quantité de sang et, faute de soins adaptés, cela n’allait pas s’arrêter.
Une femme entra soudain dans les sanitaires et il eut juste le temps de rabattre sa veste et de faire couler de l’eau dans le lavabo pour diluer le sang. Heureusement pour lui, la femme, l’oreille collée à son portable et fort absorbée dans sa conversation téléphonique, ne remarqua rien. Elle parlait très fort en italien et Wade eut un déclic. Italien ! Bien sûr, Tony…
 
Il avait repris le métro et était descendu à la station Canal Street où il était ressorti dans la rue. Sa vue se brouillait fortement depuis plusieurs minutes et la douleur s’amplifiait, il n’arrivait même plus à vérifier s’il était suivi ou non, il ne lui restait plus qu’à espérer que ses poursuivants aient perdu sa trace dans le métro et ne l’aient pas retrouvée par la suite. Mais s’ils avaient réussi à le suivre, ils l’auraient probablement déjà rattrapé. Il quitta Canal Street pour tourner dans Mulberry Street. Il se dirigeait davantage à l’instinct qu’en se basant sur des points de repère réels ; il connaissait plutôt bien Little Italy, certains secteurs tout du moins, mais une pluie fine s’était mise à tomber, froide et pénétrante, ajoutant encore à l’inconfort de sa situation.
La rue qu’il cherchait donnait sur Mulberry Street. Cela faisait plusieurs mois qu’il n’était pas venu ici et, avec l’affaiblissement causé par sa blessure, il avait du mal à se situer. Au croisement suivant, il entendit de la musique et espéra de tout cœur qu’elle émanait du restaurant italien qu’il cherchait. Cela signifierait qu’il y était presque. Mais la musique ne provenait que d’une maison aux fenêtres ouvertes dont les occupants ne se gênaient pas pour partager leur mélomanie avec tous les passants.
Wade tourna à l’angle de la rue suivante et reconnut cette fois précisément les lieux, le restaurant était juste un peu plus loin. Il imaginait déjà Tony, peut-être que Marina serait là elle aussi. Il eut un sourire en pensant à la fille de Tony, une exubérante jeune Italienne pleine de vie. Elle lui tournait autour depuis un bon moment, pas sérieusement bien sûr… Marina était une vraie charmeuse, pour elle c’était un jeu. Quoique, bizarrement, en cet instant il en était moins sûr. Non, c’était insensé, sa blessure le faisait délirer. Jamais la situation n’avait été équivoque entre eux. Il l’avait connue adolescente et elle serait toujours la fille de Tony, même si elle avait largement dépassé la vingtaine aujourd’hui.
Il sentit d’un seul coup les odeurs de la cuisine, mélange d’huile d’olive, d’herbes aromatiques et de fromages italiens, et en éprouva un réel réconfort. Il allait enfin pouvoir se poser quelque part, abandonner sa vigilance, reprendre des forces. Il reconnaissait même le parfum des sauces fétiches de Tony, un mélange de recettes traditionnelles et d’expérimentations de son invention dont le résultat était plutôt réussi en général.
Il y avait peut-être du monde dans le restaurant, il devrait rester vigilant en entrant. Il jeta un coup d’œil dans la cuisine en passant devant la fenêtre ouverte qui donnait sur la rue ; ni Tony ni Marina ne s’y trouvaient, seulement Gino, un employé italien qui travaillait là depuis des années et que Wade avait déjà croisé. Âgé d’une petite quarantaine d’années, toujours souriant et volubile, Gino savait parfaitement s’y prendre avec la clientèle même si manifestement son plus grand plaisir était de travailler en cuisine.
Wade s’efforça de reprendre l’attitude d’un client comme les autres avant d’entrer ; il resserra les pans de sa veste sur lui, masquant le sang qui maculait son tee-shirt déchiré. Quand il franchit le seuil, il eut le temps de remarquer la petite dizaine de tables occupées ce soir-là avant que sa vue se brouille de nouveau. Il était encore assez tôt dans la soirée, la salle serait sûrement comble d’ici une heure ou deux. Il ne voyait Tony nulle part, par contre il reconnut la silhouette élancée et virevoltante d’une jeune femme brune aux longs cheveux ondulés qu’il identifia aussitôt. Marina portait ce soir-là une jupe noire courte et un corsage moulant rouge qui mettaient en valeur sa silhouette harmonieuse. Très jolie. C’était la première fois qu’il y faisait vraiment attention en fait. Elle se tenait près du comptoir, devant la porte donnant sur les cuisines, un papier dans une main et une bouteille dans l’autre, criant des directives en italien à un serveur. Elle semblait plutôt débordée mais la situation était urgente, il ne pouvait pas attendre. Il s’approcha d’elle en essayant de ne pas attirer l’attention des clients.
— Salut Marina.
— Wade, quelle surprise ! Ça faisait longtemps, s’exclama-t-elle. C’est l’horreur ce soir.
Sa voix était mélodieuse, très légèrement marquée d’une trace d’accent italien.
— Écoute, j’ai besoin d’aide, déclara-t-il simplement à voix basse.
Le visage de la jeune femme s’assombrit.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Tony n’est pas là ?
— Non, je suis seule… Enfin, avec cette bande d’incapables.
Elle désigna les deux serveurs qui s’activaient, l’air perdu, jetant de temps à autre des regards inquiets à la « patronne ». Difficile de dire s’ils quêtaient son aide ou craignaient ses critiques. Wade reporta son attention sur Marina.
— On m’a tiré dessus, révéla-t-il. Je suis blessé et on a essayé de me suivre. Je crois que je les ai semés mais…
— Blessé ?
Les yeux de la jeune femme s’agrandirent.
— Pas grave, enfin pas trop, affirma-t-il sans grande conviction. Mais j’ai besoin d’aide. D’un abri surtout pour me poser un peu…
Elle le détailla des pieds à la tête et prit rapidement une décision :
— Va dans ma chambre, à l’étage, première porte à gauche dans le couloir en haut de l’escalier. Je te rejoins tout de suite.
Il eut un léger sourire de remerciement et quitta la pièce en faisant appel à ses dernières forces. Une fois franchie la porte portant le panneau « privé », il se retrouva dans un petit hall d’où partait un escalier. Il crut qu’il ne parviendrait jamais à monter, mais il réussit au prix d’une intense souffrance à gagner la chambre indiquée par Marina. Une fois-là, ses forces l’abandonnèrent et il se laissa tomber sur le lit. Il était sauvé, pour le moment du moins.
 
Quand Marina vint le rejoindre, il était presque sûr d’avoir perdu connaissance pendant quelques instants. Sa tête bourdonnait et il sentait le sang qui continuait de couler de sa blessure malgré la pression qu’il essayait d’exercer avec sa main. Lorsque la jeune femme ouvrit la porte, il entendit les chansons italiennes que diffusait la chaîne stéréo de la salle de restaurant et dont le son montait jusqu’à l’étage.
Mamma mia, s’exclama Marina en voyant le sang sur le tee-shirt de Wade.
— C’est pas trop grave, je crois, murmura-t-il. Mais il faudrait arrêter le sang, je n’y arrive pas.
Elle referma la porte avec le pied, étouffant le son de la musique ; ses mains étaient chargées de pansements et de produits désinfectants, elle avait déjà prévu le nécessaire.
— Désolé de te déranger en plein service, s’excusa-t-il.
— Oublie ça, c’est pas grave. Tu disais qu’on t’a tiré dessus ? Retire le tee-shirt.
Il se redressa avec peine et, aidé de Marina, se débarrassa de sa veste, puis il remonta son tee-shirt.
— Retire-le complètement, exigea-t-elle. De toute façon il est déchiré et plein de sang.
Les mouvements lui étaient très douloureux mais il s’efforça de le dissimuler. Pas vraiment envie de flancher maintenant, devant elle.
— Je vais laisser des traces dans ton lit, constata-t-il.
— Aucune importance. Je nettoierai. Qui te poursuit ? demanda Marina.
Il croisa son regard et hésita à peine une seconde. Pas de faux-semblants avec Tony, ni avec Marina, c’était inutile.
— On était plusieurs sur un contrat. Ça finit souvent mal dans ces cas-là.
— Jusqu’à présent tu t’en es toujours sorti.
— Cette fois ça a été limite. J’en ai eu un, mais le deuxième… C’est lui qui m’a blessé. Et les flics s’en sont mêlés.
Tandis que lui revenaient les images de l’échange de tirs qui avait eu lieu un peu plus tôt dans l’après-midi, Marina imbibait une compresse de désinfectant qu’elle pressa sur sa blessure. Cette fois Wade ne put retenir un cri de douleur.
— Désolée, s’excusa-t-elle.
— Ne t’excuse pas. C’est moi qui suis désolé de t’infliger ça.
— Oh, tu sais, ça me sort de la cuisine, je devenais folle en bas ! Padre m’a laissée seule depuis trois jours, une affaire à régler avec mon oncle à Detroit… Et ces types qui sont censés m’aider sont d’une nullité absolue ! Jamais vu des serveurs aussi lamentables, ils sont dépassés dès qu’il y a plus d’une table qui commande à la fois ! Heureusement que ce bon vieux Gino assure en cuisine, il gère tout, tout seul, parce que je n’ai pas le temps d’aller l’aider, la salle mobilise tous mes efforts.
Wade esquissa un sourire. L’avantage avec Marina c’était qu’elle prenait ce genre de mésaventure comme si cela allait de soi… Il ne connaissait pas beaucoup de jeunes femmes qui seraient passées de la préparation d’un repas italien au soin d’une blessure par balle, sans paraître plus dérangées que ça par la situation.
— Allonge-toi complètement, exigea Marina en le poussant doucement sur le dos. Laisse-toi faire. 
Il obtempéra.
— Tu sais si la balle est restée dans la blessure ? demanda-t-elle.
— Peu probable vu comment ça saigne. Je crois qu’elle a simplement arraché un morceau de peau. Mais je dois avouer que je n’ai pas vraiment regardé en détail.
— Tu me permets de vérifier…
Cela ressemblait plus à un ordre qu’à une demande. Marina fouilla dans les accessoires médicaux qu’elle avait apportés et exhiba une pince à épiler.
— Au cas où… Tu as bien fait de venir chez une femme !
— T’as l’habitude de faire ça ?!
Elle eut un léger rire.
— Non. Je frime mais j’espère bien ne pas avoir à la retirer.
Elle examina soigneusement la blessure.
— Je vais devoir écarter un peu les bords, désolée si je te fais mal.
Il acquiesça. Il avait la tête qui tournait.

— Eh, reste avec moi !
La voix de Marina tira Wade de sa torpeur. Il entrouvrit les yeux, apercevant Marina penchée sur lui.
— Ça va ? Tu m’entends ?
— Ouais. Je crois que je vais… m’endormir.
— T’étais en train de tomber dans les pommes oui ! corrigea-t-elle. Tiens, il faut absolument que tu boives.
Elle lui tendit un verre d’eau et l’aida à se redresser pour boire.
— Merci, murmura-t-il.
— Ça va aller ?
— Ouais.
— Bonne nouvelle, la balle n’est pas restée dans la blessure.
— Je m’en doutais. J’ai déjà été blessé et ça ne saigne pas autant quand la balle reste dans la plaie.
— Ça dépend, si tu as une artère touchée…
— Je serais déjà mort si ça avait été le cas.
— Parle pas de ça, coupa-t-elle. Maintenant il faut arrêter le sang. Je vais devoir appuyer fort.
Il s’efforça de contrôler sa respiration. Marina posa sur la blessure une compresse imbibée de liquide et fit pression.
— C’est arrivé il y a combien de temps ? questionna-t-elle.
— Une vraie infirmière, plaisanta-t-il.
— Je suis sérieuse !
— J’en sais trop rien, j’ai un peu perdu la notion du temps. Je dirais… une bonne heure.
— Tu as eu le temps de perdre pas mal de sang. Il faut absolument que j’arrête le saignement.
— Au début ça ne saignait pas autant, mais après j’ai marché très vite, ça a dû aggraver le problème.
Elle attendit quelques minutes, laissant agir le produit, puis découvrit la blessure pour regarder. Elle sourit.
— C’est bon, ça ne saigne plus.
Il jeta un coup d’œil à sa blessure. En effet, le sang ne coulait plus.
— T’es géniale. T’étais la femme de la situation.
Le sourire de Marina s’agrandit.
— Eh oui, je sais faire plein de trucs autres que le tiramisu. D’ailleurs il faudrait que tu manges.
— Pas maintenant, refusa-t-il. Là j’ai surtout besoin de dormir… Enfin de somnoler un peu.
— OK, je te laisse. Reste bien allongé surtout et bouge le moins possible. Je vais aller faire un tour en salle mais je reviendrai te voir dans vingt minutes, promis.
— Ne te dérange pas, tu as du boulot en bas je crois.
— Ton état est prioritaire, trancha Marina.
Il lut dans ses yeux noirs qu’elle ne changerait pas d’avis. Elle était têtue comme une mule… En l’occurrence il n’allait pas s’en plaindre. Il sourit.
— Merci, Marina.
— Pas de quoi. Tu as bien fait de venir. Je suis contente de te voir.

Marina servit une table, préoccupée. Elle allait sortir les pizzas qui cuisaient dans le four, ajouter du fromage sur les penne parce que Gino, aussi dévoué soit-il, n’avait que deux mains, puis elle remonterait voir comment allait Wade. Tant pis si les clients attendaient.
— Tu peux envoyer ? demanda Gino en lui désignant une des trois pizzas généreusement garnies qui attendaient sur des assiettes, lorsqu’elle revint à la cuisine.
— Ouais… Attends, il manque un truc sur celle-ci. C’est une Margherita ?
Gino acquiesça. Elle passa mentalement en revue la liste des ingrédients. Visuellement, la pizza ne lui convenait pas, malgré son aspect des plus appétissants.
— Gino, t’as oublié l’origan !
Le cuisinier devint rose vif.
— T’es amoureux ou quoi ? lança Marina.
— J’aimerais bien… Comment j’ai pu oublier l’origan ?
Elle haussa les épaules tout en saupoudrant la pizza avec de l’origan qu’elle récupéra à la cuiller dans l’un des nombreux pots d’aromates disposés sur une tablette.
— Tu es débordé, c’est tout.
— Tu étais passée où d’ailleurs ? questionna Gino.
— Ajoute du parmesan sur les penne, s’il te plaît, répondit-elle en éludant la question.
Elle interpella un serveur qui revenait en cuisine et lui désigna les pizzas et l’assiette de pâtes.
— Table sept. Dès que Gino aura mis le fromage sur les penne. Je reviens.
Elle s’éclipsa avant de devoir répondre à toute autre question.
Quand elle revint dans la chambre, Wade somnolait. Elle passa une main sur son front et constata qu’il avait de la fièvre. Elle vérifia que sa blessure ne saignait pas et fut rassurée de voir que la plaie semblait vouloir se refermer. Tout à l’heure, prise dans le feu de l’action et l’urgence du moment, elle n’avait pas vraiment prêté attention au fait qu’il était torse nu. Cette fois, par contre, elle pouvait prendre le temps de le détailler. Il était grand, les cheveux brun foncé coupés assez court, et d’un physique plutôt athlétique. Il portait plusieurs tatouages sur les épaules et le haut des bras, des tribaux pour la plupart. Il ouvrit les yeux à cet instant. Elle avait toujours aimé leur couleur, un gris-bleu clair.
— Comment tu te sens ? questionna-t-elle. Tu as très mal ?
— Un peu. Mais je me sens surtout très affaibli. Pas du tout en état de me défendre si jamais…
— T’en fais pas, tu es en sécurité, coupa-t-elle.
— J’espère qu’on ne m’a pas suivi jusqu’ici.
— T’inquiète pas, il y a de quoi se défendre dans cette maison.
— Je ne sais même pas si j’arriverais à tenir une arme.
— Tu n’en auras pas besoin. Je sais me servir d’une arme. Et Padre ne m’a pas laissée vraiment seule, même si les types qu’il a engagés comme serveurs sont nuls, il a demandé à d’autres mecs de garder un œil sur le restau. Fabrizio, Giorgio… Si j’ai un problème, je les appelle, ils interviendront. Détends-toi.
Wade acquiesça, un peu tranquillisé.
— Tu as pas mal de tatouages, souligna Marina en effleurant un de ceux qu’il portait à l’épaule gauche.
— Ouais quelques-uns. C’est vrai que tu ne m’avais jamais…
— Je t’ai déjà vu en débardeur, j’avais déjà remarqué tes tatouages. Ça te va bien, c’est sexy.
Il eut un léger sursaut intérieur en entendant le commentaire de Marina. Elle continua de l’observer
— J’ai envie de me faire faire un tatouage, révéla-t-elle. Ça fait mal ?
— Ouais, très.
— Menteur ! Tu dis ça juste pour que je ne le fasse pas.
— Pourquoi je ferais ça ?
— Tu trouves que ça ne m’irait pas ? Un ange, là, sur les reins, suggéra-t-elle en se tournant et en remontant son corsage.
Il refusa l’image qui s’imposait à lui en voyant le bas du dos dénudé de Marina. Il avait vu bon nombre de femmes complètement nues, cette simple vision n’aurait dû rien déclencher de particulier en lui en théorie, et pourtant en réalité…
— Très classique, grogna-t-il, coupant court à ses propres pensées. Il y a des tas de filles qui se font faire ce genre de tatouage.
— Ah ouais… Des filles que tu connais ? taquina Marina.
Il évita de répondre.
— Que tu connais bien même, si tu as vu le bas de leur dos, reprit-elle. Tu ne trouves pas ça… sexy ?
— Ça ne t’irait pas. Tu as trop de classe pour ça. Les tatouages c’est pour les types dans mon genre.
— C’est vrai que ça te va bien. À propos de filles et de tatouages, t’as un prénom féminin tatoué quelque part ?
— Non.
Marina parut satisfaite de la réponse. Elle se replongea dans l’observation du torse de Wade.
— Tu as quelques cicatrices aussi, c’est pas ta première blessure, constata-t-elle.
— Non, loin de là !
Elle effleura du bout des doigts une trace qu’il portait à l’épaule droite. Le contact de la jeune femme sur sa peau lui fit éprouver une étrange sensation. Pas désagréable, mais dérangeante… Bon sang, mais qu’est-ce qui lui arrivait ce soir ? Il avait de la fièvre et ça faisait trop longtemps qu’il n’avait pas eu de relation physique avec une femme, voilà pourquoi il réagissait ainsi.
Elle laissa ses doigts descendre.
— Marina !
— Je t’ai fait mal ? interrogea-t-elle.
— Non. Si tu pouvais arrêter…
— Je profite juste un peu ! taquina-t-elle. T’es bien foutu, très…
— Bon arrête maintenant !
Marina gloussa.
— Quoi, ça te gêne ? J’ai toujours eu envie de te voir torse nu, t’es plutôt costaud comme mec alors je voulais voir si…
— T’as vu ce que tu voulais voir ?
— Ouais, c’est pas mal du tout. J’ai un faible pour les beaux bruns tatoués avec un physique athlétique.
La conversation prenait un tour gênant. Même si elle semblait simplement le taquiner, le regard de Marina sur lui était assez révélateur. Et de son côté il se rendait compte que la jeune femme lui faisait un effet dont il n’avait jamais pris conscience jusqu’à présent. Il préféra changer de sujet.
— Tony revient quand ?
— Demain normalement. Tu ne me fais pas confiance ? J’étais sérieuse quand je te disais que je sais tenir un flingue.
— Qui t’a appris ?
— C’est pas bien compliqué ! J’ai demandé à des amis de Padre, et à des… copains aussi.
— Tu fréquentes toujours des caïds ?
Il se souvenait que Tony, en père italien possessif, s’était plaint devant lui à plusieurs reprises des fréquentations de sa fille, d’autant que Marina n’avait pas spécialement un caractère docile et qu’elle n’en faisait en général qu’à sa tête.
— Oh tu ne vas pas t’y mettre comme Padre ! Je sors avec qui j’ai envie. C’est pas de ma faute si je suis attirée par les types un peu… dangereux. De toute façon j’ai grandi dans ce milieu, alors…
— Tu as passé l’âge de chercher des sensations en bravant des interdits, non ? T’as pas fini ta crise d’adolescence ? provoqua Wade.
— Il y a encore des tas de sensations que je recherche ! rétorqua Marina. Et tu pourrais y trouver des avantages si tu arrêtais de me voir comme une gamine !
Il se rappela toutes les fois où elle l’avait plus ou moins dragué. Il avait toujours pensé que c’était un jeu pour elle, d’autant plus qu’il l’avait souvent vu flirter avec des clients, et aux dires de Tony elle avait fréquenté à plusieurs reprises des hommes peu recommandables. Ceci dit, aucun homme ne devait trouver grâce aux yeux de Tony, Marina était sa fille unique.
— Ne me mêle pas à ça, je crois que tu as déjà assez de mauvaises fréquentations comme ça, répondit-il.
Elle haussa les épaules.
— Tu vas finir par me décevoir, lança-t-elle. Je mets ça sur le compte de ta blessure… À ce propos, tu as de la fièvre, je vais voir si on a des médicaments pour ça. Quelques antibiotiques ne te feront pas de mal.

La nuit était complètement tombée quand Marina retourna les dernières chaises sur les tables de la salle. Elle n’avait pas nettoyé le sol, ça attendrait le lendemain et tant pis si cela mettait du temps à sécher. Elle retourna à l’étage voir Wade. Cette fois, il était franchement inconscient et sa fièvre avait monté malgré les médicaments. Inquiète, elle tenta de le rafraîchir avec une compresse imbibée d’eau fraîche.
— Eh, fais pas de bêtises, murmura-t-elle. Me déçois pas ! T’es plus résistant que ça, t’en as vu d’autres…
Continuant de promener la compresse fraîche sur le torse de Wade inconscient, elle réalisa qu’il avait des traces de sang un peu partout sur la peau et les vêtements.

Il se sentait partir, il avait terriblement chaud et sa tête bourdonnait, le sang battant à ses tempes comme un tambour. Seule une sensation de fraîcheur sur son torse lui apportait un léger soulagement. Sa blessure lui provoqua un nouvel élancement, il poussa un léger gémissement. Il avait l’impression qu’il supportait de moins en moins bien la douleur à chaque minute qui passait, peut-être parce qu’il était épuisé.
— Chuuut… Ça va aller, murmura une voix féminine.
Il retomba dans l’inconscience.

Oscillant entre semi-conscience et inconscience, Wade frissonnait sous l’effet de la fièvre. Après avoir souffert d’une intense sensation de chaleur, il avait à présent l’impression d’être glacé. Les souvenirs de ce qu’il avait ressenti dans la rue quelques heures plus tôt lui revenaient : le froid, la pluie… D’autres images s’y mêlaient, des sons aussi. Celui d’une détonation étouffée, suivie du bruit d’un corps chutant sur le sol. Il voyait défiler des photos, il se souvenait nettement de certaines personnes. Surtout celles qu’il avait mis plus de temps à retrouver que les autres, celles qu’il avait rencontrées en face-à-face aussi. Ces images-là ne s’effaçaient pas.
Il sentit soudain quelque chose de tiède venir contre lui. Quelque chose, ou quelqu’un, qui caressa doucement son visage, puis son torse, avant de l’enlacer. Marina… Peut-être était-il en train de rêver ? Dans ce cas, il ne voulait pas se réveiller. Marina lui murmurait des mots en italien, presque comme une berceuse. Il avait enfin un peu plus chaud, les souvenirs de l’extérieur s’estompaient. Il la sentit se blottir davantage contre lui. Depuis quand n’avait-il pas vécu un moment pareil ? Très longtemps, aussi loin que remontait sa mémoire… Il n’avait qu’à se laisser faire, de toute façon il n’était pas en état de faire autre chose. Lui qui détestait d’habitude se sentir vulnérable prenait cette fois plaisir à la situation. C’était un étrange mélange de douleur et de bien-être, une sorte d’abandon total, en confiance. Marina savait tout de lui, il ne lui avait jamais rien caché de ses activités même s’il évitait de lui en parler en détail. Et là, elle prenait soin de lui, peut-être même était-ce un peu plus… Et pour lui ? Il avait toujours vu Marina comme une amie et comme la fille de Tony. Tony, le seul homme en qui il estimait pouvoir avoir confiance… Non, il ne devait pas se mettre à avoir des pensées aussi stupides, il n’était pas dans son état normal. D’ailleurs il était sûrement en train de rêver. Et s’il rêvait, tout était possible… Qu’est-ce qui était donc possible ? Qu’il éprouve un plaisir presque sensuel à ce contact physique avec Marina ? Qu’il l’enlace, qu’ils… Là il divaguait complètement. Il était habitué aux histoires d’une nuit, voire de quelques heures, avec des inconnues, et au vu de ce qu’était sa vie, il n’avait rien de mieux à espérer. Il ne cherchait rien d’autre d’ailleurs, il sélectionnait ses partenaires plus par facilité que par réelle attirance. Il n’avait jamais eu de difficultés à trouver une amante d’un soir, et il n’avait que rarement eu du mal à leur faire comprendre que ce serait terminé après quelques ébats. Et pourtant ce genre de relation le satisfaisait de moins en moins, il éprouvait régulièrement une impression de déjà-vu, paradoxale dans la mesure où il changeait de partenaire quasiment à chaque fois, mais il avait la sensation que toutes ces filles étaient les mêmes. Et hormis une brève satisfaction physique, il restait de plus en plus sur un sentiment de frustration ; à tel point qu’il cherchait de moins en moins toute forme de relation, même éphémère.

Wade fit un mouvement qui sortit Marina de sa somnolence. Elle passa aussitôt sa main sur son front. Il ouvrit les yeux au même moment.
— Marina ? murmura-t-il.
— Eh, ta fièvre est bien tombée ! Tu te sens comment ?
— Faible mais… ça va. La douleur est moins forte.
Marina s’extirpa des draps pour servir un verre d’eau sur la table de chevet. Wade réalisa alors qu’elle était en sous-vêtements et qu’elle venait de quitter les draps dans lesquels elle était serrée contre lui quelques instants plus tôt. Elle portait un ensemble de lingerie rose assortie, très féminin, avec une bordure de dentelle sur le slip et le soutien-gorge. Elle était aussi mince que sa silhouette habillée le laissait penser, la taille fine, avec de jolies formes harmonieuses. Il souleva le drap et constata qu’il était complètement dénudé.
— Eh, tu m’as déshabillé ??
— Tu avais du sang partout, j’ai nettoyé, tu n’es pas en état de prendre une douche tout de suite, expliqua Marina en lui tendant un verre d’eau. Et tu tremblais de fièvre, je me suis mise contre toi pour te réchauffer.
— Dans cette tenue ?
— J’ai gardé ma lingerie ! rétorqua-t-elle. Bois.
— Ouais, par contre tu ne m’as rien laissé. Même pas un slip.
Il avala quelques gorgées d’eau avant de lui rendre le verre.
— Tu avais du sang sur tous tes vêtements, expliqua-t-elle en reposant le verre. J’ai dû les mettre à laver. N’en fais pas toute une histoire, j’ai déjà vu un mec déshabillé !
— J’imagine. Mais j’ai pas l’habitude que…
— Qu’une fille te voit nu ? provoqua-t-elle. Ça m’étonnerait.
— Non, pas ça… Mais, franchement, tu exagères !
— T’étais bien content quand je me suis collée à toi !
— J’étais inconscient.
— Tu as quand même aimé quand je t’ai passé une compresse fraîche. Ça s’est vu à tes réactions. Mais j’ai pas profité de ton corps, rassure-toi !
Marina semblait agacée. Wade réalisa qu’il était autant énervé contre lui-même que contre elle, parce que cela signifiait que ce qu’il avait pris pour un rêve avait été réel et qu’il avait donc vraiment ressenti des sensations équivoques au contact de Marina, ce qui était plutôt logique en fin de compte.
— Non, ça, je veux bien le croire, répondit-il plus calmement. Je n’étais pas en état. J’essaie juste de ne pas imaginer comment réagirait ton père s’il nous trouvait dans cette situation.
— Il mettrait un contrat sur ta tête, répondit-elle avec un sourire amusé.
— Génial… Il ne manquerait plus que ça !
Marina se laissa retomber aux côtés de Wade. Il remonta machinalement le drap. Marina éclata de rire.
— Eh, t’es coincé en fait ! Pourtant, t’as pas à rougir de ton corps.
— Merci pour le compliment.
Wade jeta un coup d’œil au réveil. Il était deux heures du matin.
— Je suppose que tu veux que j’aille dormir ailleurs ? lança Marina.
— C’est ta chambre, je peux bouger.
— Non, toi tu ne bouges pas. Si je me mets sur les draps, ça irait pour ta sensibilité ? ironisa-t-elle.
— Tu ne veux pas te rhabiller ? Mettre un tee-shirt par exemple.
Elle sembla vexée et se leva.
— Ça va, j’ai bien compris que j’étais pas ton type !
— Je préfère éviter les quiproquos, c’est tout, précisa Wade.
Elle ouvrit l’armoire et en sortit un tee-shirt long qu’elle enfila.
— C’est bon comme ça, t’en vois pas trop ??
— Marina, tu ne vas pas te vexer pour ça. T’es une jolie fille, mais là je ne suis pas tout à fait moi-même. Et j’ai été surpris de me réveiller déshabillé.
— OK, c’est bon… Pour cette fois !
Marina s’allongea sur le lit.
— Tout à l’heure, quand tu dormais, on aurait dit un bébé, sourit-elle. Et tu avais l’air d’avoir envie de te faire câliner.
— J’avais beaucoup de fièvre. J’ai peut-être dit ou fait des choses dont je n’avais pas vraiment conscience…
La jeune femme gloussa.
— Rien d’irréparable, rassure-toi ! Padre n’aura pas besoin de mettre de contrat sur ta tête.
— Ça me rassure ! répondit-il sur le même ton.
— Mais je ne compte pas sur mon père pour mettre des contrats sur la tête de types qui m’importunent. Je peux régler mes affaires moi-même.
— Tu ferais ça ?
— Il y a beaucoup de choses sur moi que tu ignores. Je te l’ai dit, tu me vois toujours comme une petite fille.
— Tu te trompes. C’est pas pour rien que je préfère éviter qu’on se rapproche trop dans ces circonstances. Pour éviter les situations compliquées.
— Mmmhhh… Tu as peur d’être tenté ?
Elle avait son regard taquin qu’elle utilisait régulièrement avec les clients auxquels elle faisait du charme. C’était sa façon de faire, point ; Marina jouait en permanence.
Wade ferma les yeux et s’abstint de répondre.
— N’empêche, tu aimes mes massages, sourit Marina.
— Qui n’aimerait pas ça…
— Je te croyais inconscient ?
— J’avais quand même certaines sensations.
— Tu as profité de la situation alors ?! s’exclama Marina, faussement choquée.
— C’est toi qui as eu l’idée de faire ça, je n’avais rien demandé.
— Mais tu as aimé, avoue.
— J’ai du mal à faire la différence entre ce que j’ai rêvé et ce qui s’est passé en vrai mais… C’était agréable.
Marina parut satisfaite et s’installa pour dormir.
— Tony arrive à quelle heure ? questionna Wade.
— Pas avant que je sois levée, ne t’inquiète pas ! Il n’y aura pas de malentendu. À propos, il faudra que je te passe une chemise de Padre, ton tee-shirt est bon pour la poubelle. Il y est déjà d’ailleurs.