Secret d'auteur : le thème de la Mafia

Une question est revenue souvent parmi mes lecteurs "Pourquoi as-tu choisi le thème de la Mafia, déjà tellement utilisé au cinéma et dans les romans, dans "Tuer n'est pas vivre" ?"
L'histoire a germé dans mon esprit un peu par hasard, les personnages sont apparus rapidement et dans mon esprit leur statut était déjà bien défini.
Sans doute avais-je déjà un certain intérêt pour le thème de la Mafia, sujet de nombreux romans et films (plus ou moins réussis, mais certains sont devenus cultes : je pense notamment au "Clan des Siciliens" de 1969 qui m'avait beaucoup marquée quand je l'ai vu la première fois, ou plus récemment en 2019 "Le traître"). Manifestement, la Mafia est un thème qui fascine depuis des années : organisation légendaire par ses ramifications, son influence et sa dangerosité, criminelle, mais associée dans l'esprit populaire à des règles et un certain code d'honneur qui paraît paradoxal au vu de ses activités meurtrières.

J'ai volontairement décidé de faire de Tony Rezzano un mafioso "à l'ancienne" ; napolitain d'origine, émigré à New York, il est très attaché à la religion catholique et tient à certains principes moraux, ce qui ne l'empêche pas de pratiquer racket, chantage, voire d'exécuter ses ennemis. Néanmoins, pour lui, la famille, le clan même, ne sont pas de vains mots : il apportera un soutien et une loyauté sans faille à ceux qui font partie de son cercle et châtiera sans pitié ceux qui s'en prennent à eux ou qui trahissent. En quelque sorte, il applique son propre code de conduite.

Marina, la fille de Tony, même si elle s'implique peu (au départ) dans les affaires de son père, incarne davantage une "nouvelle génération", qui jette eux orties les valeurs et les règles. Elle voit avant tout son intérêt personnel, son souhait de "faire des affaires" et cherche une forme d'indépendance à travers les activités illégales auxquelles elle peut prendre part. Son refus de se contenter d'être "la fille de", son désir de s'imposer en tant que femme dans ce milieu très masculin, la poussent à agir de manière souvent irréfléchie et elle en paiera le prix.

Wade Bennett, de son côté, n'est pas spécifiquement lié à la Mafia. Tueur professionnel renommé dans les milieux criminels, il n'est attaché à personne en particulier, hormis à son commanditaire du moment. Un aspect que Tony a du mal à accepter. Les relations des deux hommes basées sur une certaine confiance, voire une forme d'amitié, vont entraîner Wade à s'investir de plus en plus dans les milieux que fréquente Tony. L'évolution des relations entre Wade et Marina vont également amener celui-ci à faire des choix : dans la Mafia, la famille n'est pas un vain mot. Il lui faudra choisir son camp, un choix difficile pour ce loup solitaire qui veut "n'être l'homme de personne".

"Tuer n'est pas vivre" est un roman de fiction, je n'ai jamais prétendu en faire une étude réaliste ou sociétale des réseaux criminels. La Mafia a servi de trame de fond pour placer mes personnages et les faire évoluer, étudier leurs réactions, leurs rapports... Néanmoins, j'ai effectué un certain nombre de recherches sur la Mafia et les milieux criminels en général (j'ai également suivi des cours en ligne sur ces thématiques), afin d'accroître ma connaissance du sujet ; j'y ai trouvé des idées qui ont donné lieu à quelques rebondissements dans les romans. Les trafics (drogue, armes, fausse monnaie, prostitution...), le racket, les enlèvements, le chantage, les crimes commandités constituent une bonne matière pour une série policière, non ? 

Secret d'auteur : la cuisine italienne

La cuisine italienne est presque un personnage à part entière dans “Tuer n’est pas vivre”. Et le tiramisu est le dessert star, la préparation fétiche de Marina. Peut-être d’ailleurs est-ce l’élément qui a fait craquer le ténébreux Wade...

Pourquoi cet engouement de ma part ? La question m’a été posée par plusieurs lecteurs qui disent avoir refermé la dernière page de “Tuer n’est pas vivre” avec une forte envie de manger italien. 
Alors, aurais-je des origines italiennes ou des talents culinaires ? Eh bien, non, même pas ! J’ai essayé une seule fois de faire un tiramisu et je préfère ne pas évoquer le résultat. En revanche, la cuisine italienne est une gastronomie que j’apprécie énormément. Et si le tiramisu est à la carte (évidemment qu’il y est !), il sera ma cible privilégiée.

Les couleurs, les odeurs, l’ambiance d’un bon restaurant italien me séduisent et j’ai voulu retranscrire ces éléments dans le cadre du Dolce Italia, le restaurant de Tony Rezzano où se déroulent de nombreuses scènes. Chaleur, convivialité, plaisir des sens... Le Dolce Italia est un lieu d’harmonie et de paix, qui contraste parfois violemment avec les activités criminelles des personnages ou les lieux dans lesquels Wade, le tueur professionnel, évolue. Enfin, ça, c’est jusqu’à ce que le crime fasse son apparition dans ce petit monde protégé, à travers le contrat posé sur la tête de Marina, la fille de Tony...

Mélanger cuisine italienne, mafia, suspense, action et séduction, c’est l’occasion de faire découvrir quelques recettes, de présenter les personnages sous différents aspects qui concourent à les rendre plus accessibles et attachants. Les passages centrés sur l’activité du restaurant sont aussi une opportunité d’offrir des moments de “pause” aux lecteurs dans un roman au rythme soutenu ou action et rebondissements sont très présents. Par ailleurs, on retrouve dans la gastronomie et la dégustation un plaisir sensuel, qui n’est pas sans faire écho à la relation de séduction qui se met en place entre Wade et Marina aboutissant à des échanges tumultueux et passionnés.

Toutes ces idées me tenaient à coeur quand j’ai préparé ce roman “à ma sauce”. Il me reste à vous souhaiter un bon appétit à vous, les lecteurs !


Secret d'auteur : le choix d'anti-héros comme personnages principaux

Bien que “Tuer n’est pas vivre” soit un polar, vous l’aurez constaté, pas d’enquêteur traditionnel et très peu de présence policière... L’histoire se déroule dans les milieux mafieux new-yorkais et le “héros” est un tueur professionnel. Le second personnage principal, Marina, est la séduisante fille d’un mafioso de Little Italy, qui n’hésite pas elle-même à tremper dans divers trafics pouvant la mener au meurtre. Quant à Tony, le père de ladite Marina, même s’il se targue d’avoir un code d’honneur, ses pratiques n’en demeurent pas moins illégales : racket, chantage, pressions, élimination éventuel de rivaux.
Pourquoi avoir choisi ce type de personnages, plutôt antipathiques au premier abord, pour en faire les “héros” du roman ?

Pas par originalité, les personnages de type ”anti-héros” ont déjà été bien exploités dans la littérature ou dans le cinéma (presque autant que les héros traditionnels). Je pense notamment, pour rester dans le registre des tueurs, à “Léon”, le héros du film de Luc Besson. 

Pour moi, le fait de mettre en scène des personnages a priori négatifs présente plusieurs intérêts : d’abord, je ne le cache pas, les héros chevaleresques sans peur et sans reproche m’ennuient un peu. Difficile de s’identifier à ces êtres qui ne connaissent ni failles ni doutes. Avec des personnages plus sombres, mais que j’ai voulu rendre humains malgré tout, on retrouve plus facilement des traits de caractère et des comportements que le lecteur peut comprendre, voire auquel il peut adhérer même si parfois leurs agissements ne sont guère reluisants. Je pense à la vengeance, au fait de protéger sa famille, au respect de la parole donnée, au prix à payer en cas de trahison... Actes égoïstes et désintéressés, moments de lâcheté et de courage s’entremêlent au fil de l’histoire. En m’attachant à dépeindre les ressentis de chacun, je tente de rendre leurs actions, sinon justifiées, au moins compréhensibles.

Un autre aspect qui me plaît dans l’utilisation d’ “anti-héros” est leur caractère imprévisible : trahira, trahira pas, cèdera, se laissera acheter, résistera... ? Toutes les options sont sur la table à chaque tournant, un vrai plus pour le suspense. Ainsi, même si Tony respecte certaines valeurs, il est prêt à tout balayer d’un revers de main s’il estime que sa fille est menacée. La capricieuse Marina n’hésite pas à se servir de son charme pour parvenir à ses fins mais, quand les sentiments entre en jeu, se laissera-t-elle guider par ceux-ci ? Quant à Wade, loup solitaire sans attache qui semble peu à peu prendre goût à une vie plus cadrée auprès des Rezzano, acceptera-t-il de se laisser contrôler ? A tout moment, la situation peut basculer, par passion ou de sang-froid.

Enfin, il faut bien le dire, les personnages dangereux et sombres fascinent bon nombre d’entre nous. Ils font peur mais attirent en même temps, parce que le péril peut être grisant, parce qu’ils transgressent les règles établies... Le danger peut être sexy, émoustillant, ainsi que ceux qui l’incarnent. Dans “Tuer n’est pas vivre”, Wade et Marina ont chacun leur charme et affichent un certain succès auprès du sexe opposé. 
Peut-être ces personnages attirent-ils encore davantage s’ils montrent quelques fragilités : Wade le meurtrier qui se révèle finalement accessible à des sentiments qu’il croyait oubliés, Marina la jeune femme superficielle qui va finalement quitter un peu son confort personnel, Tony le père mafieux hyper protecteur qui va devoir affronter ce qu’il redoute le plus, à savoir perdre sa fille unique. 

Un lecteur a laissé en commentaire sur le roman : “... Wade, un tueur à gages, qui m’a perturbée. En effet, je me suis attachée à lui. C’est déstabilisant de réaliser que l’on s’attache à un personnage, dont le métier est de tuer.” 
Je trouve que la phrase résume parfaitement ce que j’essayais de transcrire dans cette histoire : un milieu mafieux, des protagonistes aux activités criminelles qui ne doivent cependant pas perdre leur capital sympathie, même si certains de leurs actes peuvent choquer. Un jeu d’équilibre en quelque sorte...